Une étudiante à l'école

Vendredi 29 Novembre 2013. Soirée Beaujolais Nouveau. Après quelques bières et quelques heures passées à servir derrière le bar, je vais au centre du foyer danser et discuter avec J, venue avec des amis. «Je te présente R et sa copine M. Elle est espagnole». Pour être aimable, et comme à chaque fois que je croise des espagnols, je lance à celle-ci : Hablo un poco español ! Por qué ? Porque mi ex-novia era española De donde es ? De Mallorqua Oh ! Soy de Valencia! Donde esta ? En frente de Mallorca Ah.. ok Je sais que ce coming-out impromptu peut étonner. Mais je n'ai pas envie de me cacher derrière des indéterminations de genre, sans compter que ça compliquerait largement ma phrase. J'ai bu pas mal de bière, j'ai besoin d'aller aux toilettes. Sans entracte, je finis mon verre, le laisse vide au milieu de tant d'autres sur la table et me dirige vers les toilettes des filles. Je passe le couloir, le petit escalier, l'autre bout de couloir, et m'y voilà. Au moment où je pénètre dans la salle, je me rends compte que je ne suis pas seule. M m'a suivie. Elle m'attrape et m'entraîne dans une cabine avec elle. La deuxième cabine. Elle me tient par la nuque et applique ses lèvres sur les miennes. Immédiatement, sa langue force le passage et se met à fouiller ma bouche. C'est brusque. «Eh ben ! Je choppe/me fait toujours choppée alors que je suis complètement saoule » me dis-je, amusée de la situation inattendue. Mais elle ne m'intéresse pas vraiment. Et son copain juste là dehors. Ça restera anecdotique, me dis-je. Elle relâche un instant son étreinte. Je pense que c'est fini. Mais non. D'un coup ça bascule. Elle me plaque contre le mur, agrippe mes cheveux. «Tu te tais ! TU TE TAIS !» Les carreaux froid contre mon dos me glacent, mais moins que le ton de sa voix et son regard menaçant. Alors je me tais. Immobile. Je ne comprends plus ce qu'il se passe. Est-ce que j'ai déclenché ça ? Je n'en ai pourtant pas l'impression. De toute façon, mon consentement n'est pas attendu. Elle m'embrasse encore un instant sauvagement et passe à la suite. Je ne bouge toujours pas. J'observe la scène comme un spectateur extérieur. Elle passe ses mains dans mon débardeur par l'encolure, directement dans mon soutien-gorge, et sors ma poitrine à portée de vue. La pétrie une seconde et se lasse. Elle s'agenouille devant moi, et en une fraction de temps mon intimité est dévoilée, exposée. Elle se met à lécher. Je ne sais pas comment réagir. Est-ce que cela me plaît ? Est-ce que cela devrait me plaire ? Je suis mal à l'aise. Sans prévenir, elle force un doigt en moi. Ses ongles sont longs, aiguisés. Je le sens. J'ai mal pendant qu'elle m'écorche l'intérieur du ventre. Plus tard, la tâche de sang dans ma culotte sera le témoignage que ce n'était pas un rêve. J'attends la fin, silencieuse. Elle s'arrête, remonte à mon niveau. Elle me regarde droit dans les yeux tandis qu'elle engloutit dans sa bouche le doigt qui était en moi quelques secondes auparavant. Ça devrait m'exciter. Ce n'est pas le cas. Je ne sais plus exactement si la séance était terminée ou si je suis partie à ce moment là, mais je me retrouve dans le couloir. J'ai du mal à analyser la situation. Que s'est-il passé ? Était-ce juste un coup vite fait dans les toilettes ? Ou bien … autre chose ? Le fait qu'elle ait tenté de « me faire plaisir » me perturbe dans la définition. Tandis que je erre, m'éloignant juste ailleurs, je suis interpellée. « Hé!» C'est Raphaël. « Qu'est-ce que tu faisais dans les toilettes pendant 10 minutes avec ma copine ? » Je ne sais pas. Je n'ai pas compris. Je suis saoule. Je veux juste qu'on me laisse tranquille. Je balbutie des excuses, du n'importe quoi sans sens. Comme quoi il ne sait rien passé. Qu'il rêve. Je m'empêtre dans mon discours, mais je m'en fous. Je pars. Je tente d'en parler à Aude, mais elle est plus encore alcoolisée que moi, et je ne lui transmet que mon incompréhension. N'ayant pas pu me soulager la première fois, je me vois contrainte de repartir aux toilettes. Stupeur. Elle est encore là. Tout pareil. Elle m'entraîne dans une cabine. La première cabine. Elle agrippe mes cheveux en me maintenant la tête en arrière. Plus fort cette fois. Elle réitère son ton menaçant «Tu dis rien !». Elle me force la tête vers le bas en me tirant par les cheveux. J'ai mal. Je m'exécute. Je me retrouve face à son sexe nu. Je n'en ai pas envie. Mais je n'ai surtout pas envie qu'elle s'énerve. Qu'elle me fasse plus mal. Qu'elle soit violente. Alors je lèche. Ça me frappe d'un coup. C'est un viol. Je suis en train de me faire violée, ici, maintenant. Depuis le début. J'assiste à ma propre scène, impuissante. Je me sens sale. Soumise. Humiliée. J'attends qu'elle se lasse, qu'elle lâche mes cheveux, ma tête. Lorsque cela arrive et qu'elle me laisse me remettre debout, je fuis. Je suis bouleversée. Je ne sais pas où je vais. Je stagne. Elle me retrouve dans le foyer. Elle se place derrière moi, me maintient la tête en arrière et me souffle « Tu ne dis rien à personne! Tu as compris? Personne! ». Elle répète la manœuvre plusieurs fois, perpétrant ma terreur. Mais cette fois, je ne lui obéirai pas. Je ne me tairai pas.