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Il y a les jours comme celui-ci. Des jours où t’as besoin de t’arracher la peau. Ces moments où tu rentres en transe, comme si ces minutes étaient des minutes méditatives. Des minutes d’absence. Ton cerveau se vide à mesure que tes ongles s’enfoncent dans ta peau. Ta peau. Ça te fait chier. Ça te fait rien. C’est plus la tienne. Et quand c’est la tienne tu fais tout pour te rappeler à quel point elle ne t’appartient plus. Ces moments, où t’as envie de gratter du papier. Gratter gratter. Et quand t’arrives devant cette putain de page que tu aimes autant que tu hais, t’as plus les mots. Ton humour est à prendre au 6ème degrés. Enfin, il est presque tout le temps à prendre au 6ème degrés. Tu trembles. Tu trembles comme quand tu te sens agressé. Tu te sens toujours agressé. Par tout. Par rien. Le plus agressant c’est l’autre. Et puisque l’autre c’est moi. Tu en deviens agressant°. Enfin, il faudrait que tu le sois plus. Parce que t’es capable de ne rien dire. Tu apprivoises le putain d’monstre sous ton lit. Tu lui laisses une veilleuse. Comme ça, s’il se lève, tu peux le regarder te tuer. Cool. Après y’a le miroir. Lui. Ce connard. Il te rappelle bien que t’es figé dans du verre. T’as plus peur de le briser parce que les sept ans de malheurs ça fait huit ans que tu leur fais l’amour tous les soirs. Faire l’amour. Entends mon rire gras. Faire la mor. Et là t’as envie d’chialer tellement ça te prend le bide. Tu chiales pas. T’es capable de te retenir. Tam tam sey sey. T’es capable de tout retenir sauf toi. Donc t’es rien capable de retenir. Cool. Notez l’ambivalence. Notez le style de la langue. Passer du cynisme au bébé ça tu sais faire. Ben ouais. Tu cours après ton enfance. Il te manque la case. La case. Enfin les. Soyons honnêtes. Les cases enfance & adolescence. Et puis à 22. Soyons réalistes ma pauvre. Il te manque aussi la case adulte. Rire gras et tremblant. Etre capable de s’avouer. Je m’avoue. Je m’avoue que y’a personne qui peut supporter la vie d’une violée. Finir seule, et même si ton chat à la patience de rester chat c’est juste ce qui peut t’arriver de plus beau. Parce que même quand il te mord pour jouer, t’as envie de l’étrangler. Alors que t’as que lui au monde. Tu fais de lui un dieu. C’est plus qu’un chat. C’est ton fils, ton mari ton roi. Toi toi mon toit toi toi mon tout mon roi. Quand tu crois pendant neuf ans que ça en fait huit. Merde. Chu traumatisée jusqu’à la moelle. Si t’oublis ça. T’oublis forcément de manger. T’arrives au boulot, « t’as déjà mangé ? » « merde chepus ». Ça te paraît normal et c’est qu’une semaine après que tu comprends pourquoi on t’a regardé la gueule pendante. Mais la plupart du temps, t’es devenu un as(s) du paraître. Au final, personne ne te connaît. Et c’est le serpent qui se suce la queue. Personne ne te connaît. Personne ne sait que tes jours de repos tu les passes en pyj, sous la couette, clope au bec, a fixer la porte d’entrée. J’y vais j’y vais pas. Si j’y vais à huit heures y’aura moins de monde. Non mais faut que je me lève tôt. Tu te rappelles quand tu te faisais livrer tes « courses ». Courses à base de produits ménager. Quand tu ne grattes pas ta peau ou le papier, tu grattes le lavabo, l’évier. Coule. J’y vais j’y vais pas. Il est midi quatre. Je n’y suis toujours pas allée. J’ai faim. Ouais on dirait chepas. Le corps devient robuste. Il peut tenir sans manger pendant. Pendant trois jours. Il peut tenir sans dormir. Il peut faire. C’est le cerveau le maestro. Lui faire passer le bon message. Alors des fois, t’essayes de lui faire passer ce message « gars t’as pas été violé, arrête ça ». Il y croit. Pas longtemps ou longtemps. Jusqu’à ce qu’on te sorte, « j’aimerais être violé pour savoir ce que ça fait ». Là. Tu remercies le ciel de pas te faire commettre un meurtre bien gore. J’aurais dû lui faire souper autour de sa bite. Les verbes au conditionnel sont aussi devenus ton don du ciel. Tout au conditionnel, le reste au passé. Cool. Quand tu veux t’en sortir et conjuguer au temps approprié, tu t’inventes, tu t’abandonnes, tu te fuis. Enfin ouais tu t’illusionnes quoi. Aujourd’hui chu Jamie Campbell Bower. Et tu bloques. Tu te rappelles l’hôpital psy. Chu dans la meeeeehrde. Tu te rappelles combien de fois t’a essayé de te tuer. Et ça te fait rire. Ça te fait rire de te rappeler comment tu t’es planté. Gars j’sais qu’y a pire su terre. Y’a pire que le viol. Y’a la perte. Ouais. T’es toujours vivant. Ils ne t’ont pas tuée cet après-midi là. Au bout de neuf ans, ba putain j’aurais préféré. Tiens ! Du con ditionnel. Et puis, t’as plus grand chose de vivant. D’façon. Regarde-moi bien, t’as bien vu ma gueule nan. Midi vingt. J’y vais j’y vais pas. On ira ce soir à dix-huit heures je pense je serai prête. Je pense. Rire. J’espère en fait. J’espère. Espérance de survie. Ça, faut pas le dire. Faut paraître. Part ! Être ! En parlant à la deuxième du singulier. Avoir beaucoup de choses à crier, à étrangler, à vomir. Vomir pour faire un peu de place. Un peu de place à l’enfant au fond de ton ventre. A la gamine sans case. Un peu de place, un peu d’espoir, du don de la vie. Du don de l’amour. Don de l’amour.. à l’adulte sans case.